Sur la rive gauche, entre Le Thoureil (3) et Saint-Rémy-la-Varenne (4), la Loire est bordée par le Bajocien (calcaire à silex) et forme ainsi un abrupt. Le Bajocien (jurassique moyen) est recouvert en discordance par le Cénomanien (Crétacé supérieur), ce qui met en évidence la lacune de sédimentation due à une régression marine précédant la transgression cénomanienne. La Loire a ainsi pu éroder les roches meubles (sables et graviers) composant l’essentiel du Cénomanien, le val de Loire atteint près de 8 km de largeur.
A partir des Ponts-de-Cé (5), les roches résistantes de l’Hercynien réduisent la largeur du val à 3 km. Ce changement majeur dans la morphologie du val est la conséquence du passage du Bassin parisien au Massif armoricain. Alors que les roches du Briovérien (Précambrien terminal) n’affleurent que sur la rive gauche de la Sarthe, à l’amont de la confluence avec la Mayenne, la Loire aborde les roches de l’Ordovicien (Paléozoïque) au niveau de l’anticlinal* des Ponts-de-Cé. Cet anticlinal est composé des schistes* de l’Ordovicien inférieur recouvert par les alluvions de la Loire, et des schistes ardoisiers de l’Ordovicien moyen affleurant au niveau de Saint-Morille et formant un îlot rocheux séparant deux bras du fleuve (le Louet se distingue de la Loire sur 30 km). L’Authion, canalisé dans sa partie terminale, rejoint la Loire à Saint-Gemmes-sur-Loire au contact de l’Ordovicien-Silurien. La Maine, qui est issue de la confluence entre la Sarthe (grossie par le Loir) et la Mayenne au niveau des formations du Briovérien, entaille le synclinal* d’Angers puis l’anticlinal des Ponts-de-Cé. La Maine rejoint la Loire au contact des mêmes formations que l’Authion au niveau des schistes de Bouchemaine.
De Bouchemaine (6) jusqu’à Rochefort-sur-Loire (7), la Loire entaille la série sédimentaire de Saint-Georges-sur-Loire composée de schistes et de grès, et dont les rares fossiles permettent de dater l’ensemble entre l’Ordovicien supérieur et le Dévonien inférieur. Ces sédiments étant pour la plupart de type flych*, ils indiquent qu’une orogénèse* accompagnait la sédimentation. De l’aval de Rochefort à Ingrandes, la rive gauche du fleuve longe le sillon houiller de la basse Loire et le bassin d’Ancenis. A Béhuard, les épisodes volcaniques arment le bâti détritique et la largeur du val se réduit à 2 km. Des îlots de rhyolites* affleurent au sein même des alluvions de la Loire, au niveau de Rochefort-sur-Loire et dans Béhuard. Le sillon houiller de la basse Loire se retrouve sous Montjean-sur-Loire (9) et à l’amont immédiat d’Ingrandes ; il est en contact faillé avec la série de Saint-Georges et la direction des failles est suivie par le fleuve de Chalonnes (8) à Ingrandes (10). Ces grands cisaillements affectent le Massif armoricain et séparent les grands domaines structuraux. De Chalonnes à l’amont de Saint-Florent-le-Vieil (11), en rive gauche, la Loire longe les terrains sédimentaires paléozoïques du bassin d’Ancenis.
A Ingrandes, les poudingues* obligent la Loire à se diriger vers l’ouest. Le vaste bassin synclinal d’Ancenis présente un faciès composé de schistes et de grès* dont l’âge s’étend de la fin du Dévonien au début du carbonifère. A partir de Saint-Florent-le-Vieil, la Loire vient longer par sa rive gauche les premiers terrains de roches métamorphiques composés de schistes et micaschistes. Ces roches dérivent d’une série de type flysh et ont subi un faible métamorphisme* conduisant à la formation de cristaux tels que la chlorite et la biotite. Ces roches métamorphiques se développent largement au sud de la Loire et définissent la série des Mauges. A Ancenis (12), dans les alluvions modernes de la Loire, affleurent les calcaires des Fourneaux, qui appartiennent au bassin d’Ancenis et, à la Basse-Pierre, les schistes métamorphiques de la série des Mauges.
*
Anticlinal : pli où les éléments situés à l’intérieur de la courbure étaient, avant la déformation, les plus bas.
Flysh : formation sédimentaire détritique terrigène, souvent épaisse, composée essentiellement de turbidites, déposée dans une zone orogénique aujourd’hui tectonisée.
Grès : roche sédimentaire détritique terrigène composée à 85% au moins de grains de quartz plus ou moins arrondis, de 62,5 µm à 2 mm. Roches communes, constituant l’essentiel de nombreuses séries sédimentaires.
Métamorphisme : transformation d’une roche à l’état solide du fait d’une élévation de température et/ou de pression, avec cristallisation de nouveaux minéraux, et acquisition de structures et textures particulières.
Orogénèse : processus conduisant à la formation de reliefs.
Poudingues : roche sédimentaire détritique formée pour 50% au moins d’éléments arrondis (galets), de diamètre supérieur à 2 mm, liés par un ciment.
Rhyolite : roche magmatique effusive riche en silice.
Schiste : au sens large, toute roche susceptible de se débiter en feuillets.
Synclinal : pli où les éléments situés à l’intérieur de la courbure étaient, avant la déformation, les plus hauts.
Transgression : avancée de la mer au-delà de ses limites antérieures avec submersion de zones plus ou moins vastes des parties basses des continents. Elle est due soit à une montée du niveau de la mer, soit à un enfoncement d’ensemble du continent, ces deux phénomènes pouvant se combiner.
Bouchardy C. (2002) La Loire : Vallées et vals du grand fleuve sauvage. Delachaux et Niestlé, Lonay, 287 p.
Foucault A. & Raoult J.F. (2000) Dictionnaire de géologie, 5ème édition. Dunod, Masson Sciences, 380 p.
Godreau V., Bornette G., Frochot B., Amoros C., Castella E., Oertli B., Chambaud F., Oberti D. & Craney E. (1999) Biodiversity in the floodplain of Saône : a global approach. Biodiversity and Conservation, 8, 839-864.
|