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La Loire est l’un des fleuves les moins aménagés d’Europe. Cette particularité lui permet d’offrir un fort taux de diversité biologique avec notamment 103 espèces végétales d’intérêt patrimonial et 107 espèces animales protégées. Aussi, la Loire est une ressource en eau potable prioritaire pour des centaines de milliers d’habitants et un patrimoine paysager attirant de très nombreux touristes. Afin de préserver les richesses du bassin de la Loire, sa dynamique fluviale et maintenir la qualité de ses eaux, le programme Loire nature a été créé en 1993. Ce programme s'inscrit dans le Schéma Directeur d'Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE) du bassin de la Loire et atteste, s’il en était besoin, de la nécessité de préserver la Loire et les paysages ligériens.

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  • Présentation
Avec une longueur totale de 1012 km, la Loire est le plus long fleuve français. Son bassin, d’une superficie totale de 117000 km², recouvre 1/5 du territoire français (Bouchardy 2002). La Loire prend sa source au Mont Gerbier-de-Jonc, à 1400 m d’altitude. Le Massif central fournit toutes les eaux, ou presque : pluies océaniques, orages d’origine cévenole et neige inconstante. Le climat est un des facteurs principaux influençant l’installation des espèces (Godreau et al. 1999). En vallée de la Loire, il est tempéré et océanique : les hivers sont pluvieux et relativement doux (moins de 60 jours de gelée par an) et le semestre le plus sec et chaud (avril-septembre) bénéficie d’une moyenne thermique de 15°c. Selon les saisons, le débit de la Loire peut varier de 9000 m³ par seconde en période de crue à 5 m³/s lorsque le fleuve est en basses eaux (étiages).

La Loire a été segmentée, entres autres, en quatre secteurs : la Loire supérieure, la Loire Amont, la Loire moyenne et la Loire aval. L’Anjou est « à cheval » entre la Loire moyenne et la Loire aval. En effet, la Loire moyenne est située du bec d’Allier au bec de Maine (Angers), et la Loire aval du bec de Maine à Saint-Nazaire. Tandis que la Loire moyenne correspond au « val endigué » et traverse les plateaux calcaires du sud du Bassin parisien, la Loire aval quant à elle traverse le socle hercynien qui constitue l’essentiel du Massif armoricain.

 
 

rivieres et fleuves d'Anjou

Figure 1 : Fleuves et rivières du Maine-et-Loire en 2006

(les numéros renvoient aux localités citées dans le texte)

   
  • Loire et paysages  géologiques

Le fleuve entre dans le Val d’Anjou à partir de La Chapelle-sur-Loire (1, Indre-et-Loire). Les coteaux calcaires du Turonien et du Sénonien qui resserraient le val n’existent plus qu’en rive gauche, et la Loire peut éroder plus facilement les sables du Cénomanien : la largeur du val est alors plus que doublée, passant de 3 à 7 km. L’Indre se jette ensuite dans la Loire après l’avoir longée sur près de 20 km. Des affleurements du Jurassique (Oxfordien) se retrouvent directement dans le lit de la Loire au niveau de Chouzé-sur-Loire. Cette couche géologique épaisse de plus de 50 m, formée de calcaires, est riche en fossiles marins : bivalves, céphalopodes et échinodermes. L’Oxfordien est surmonté par le Cénomanien en discordance, ce qui correspond à une période d’émersion allant du Jurassique supérieur à la fin du Crétacé inférieur. Après les dépôts sableux fluviatiles du Cénomanien inférieur et moyen, la transgression* marine du Cénomanien supérieur a conduit à des dépôts de marnes se retrouvant sur la rive gauche de la Loire (de la confluence avec l’Indre jusqu’à Chouzé-sur-Loire).

La Vienne, qui était contenue depuis Chinon par la craie-tuffeau du Turonien, rejoint la Loire au niveau de Candes-Saint-Martin (2). Cette zone de confluence forme le pays de Véron ; depuis lequel la Loire longe à nouveau le Turonien. Le Sénonien surplombe la partie supérieure de ces coteaux de la rive gauche de la Loire, tandis que la rive droite reste adoucie par le déblaiement des sables du Cénomanien. Seul le Thouet, au niveau de Saumur, a permis l’érosion des coteaux calcaires. Sur la rive droite, l’Authion longe la Loire sur plusieurs dizaines de kilomètres et son cours est en moyenne 5 m en-dessous de cette dernière.

Les alluvions de la Loire sont de deux types. Les alluvions modernes, plus anciennes, ont une épaisseur qui augmente vers l’aval : 3 à 4 m à Saumur et 8 m à Gennes. Elles apparaissent sous forme de terrasses restées à l’abri de l’érosion sur les bords du val et le long des vallées secondaires (vallée du Thouet). Les alluvions récentes forment des monticules émergés qui parsèment le val.

alluvions

 
   

Sur la rive gauche, entre Le Thoureil (3) et Saint-Rémy-la-Varenne (4), la Loire est bordée par le Bajocien (calcaire à silex) et forme ainsi un abrupt. Le Bajocien (jurassique moyen) est recouvert en discordance par le Cénomanien (Crétacé supérieur), ce qui met en évidence la lacune de sédimentation due à une régression marine précédant la transgression cénomanienne. La Loire a ainsi pu éroder les roches meubles (sables et graviers) composant l’essentiel du Cénomanien, le val de Loire atteint près de 8 km de largeur.

 

A partir des Ponts-de-Cé (5), les roches résistantes de l’Hercynien réduisent la largeur du val à 3 km. Ce changement majeur dans la morphologie du val est la conséquence du passage du Bassin parisien au Massif armoricain. Alors que les roches du Briovérien (Précambrien terminal) n’affleurent que sur la rive gauche de la Sarthe, à l’amont de la confluence avec la Mayenne, la Loire aborde les roches de l’Ordovicien (Paléozoïque) au niveau de l’anticlinal* des Ponts-de-Cé. Cet anticlinal est composé des schistes* de l’Ordovicien inférieur recouvert par les alluvions de la Loire, et des schistes ardoisiers de l’Ordovicien moyen affleurant au niveau de Saint-Morille et formant un îlot rocheux séparant deux bras du fleuve (le Louet se distingue de la Loire sur 30 km). L’Authion, canalisé dans sa partie terminale, rejoint la Loire à Saint-Gemmes-sur-Loire au contact de l’Ordovicien-Silurien. La Maine, qui est issue de la confluence entre la Sarthe (grossie par le Loir) et la Mayenne au niveau des formations du Briovérien, entaille le synclinal* d’Angers puis l’anticlinal des Ponts-de-Cé. La Maine rejoint la Loire au contact des mêmes formations que l’Authion au niveau des schistes de Bouchemaine.

 

De Bouchemaine (6) jusqu’à Rochefort-sur-Loire (7), la Loire entaille la série sédimentaire de Saint-Georges-sur-Loire composée de schistes et de grès, et dont les rares fossiles permettent de dater l’ensemble entre l’Ordovicien supérieur et le Dévonien inférieur. Ces sédiments étant pour la plupart de type flych*, ils indiquent qu’une orogénèse* accompagnait la sédimentation. De l’aval de Rochefort à Ingrandes, la rive gauche du fleuve longe le sillon houiller de la basse Loire et le bassin d’Ancenis. A Béhuard, les épisodes volcaniques arment le bâti détritique et la largeur du val se réduit à 2 km. Des îlots de rhyolites* affleurent au sein même des alluvions de la Loire, au niveau de Rochefort-sur-Loire et dans Béhuard. Le sillon houiller de la basse Loire se retrouve sous Montjean-sur-Loire (9) et à l’amont immédiat d’Ingrandes ; il est en contact faillé avec la série de Saint-Georges et la direction des failles est suivie par le fleuve de Chalonnes (8) à Ingrandes (10). Ces grands cisaillements affectent le Massif armoricain et séparent les grands domaines structuraux. De Chalonnes à l’amont de Saint-Florent-le-Vieil (11), en rive gauche, la Loire longe les terrains sédimentaires paléozoïques du bassin d’Ancenis.

 

A Ingrandes, les poudingues* obligent la Loire à se diriger vers l’ouest. Le vaste bassin synclinal d’Ancenis présente un faciès composé de schistes et de grès* dont l’âge s’étend de la fin du Dévonien au début du carbonifère. A partir de Saint-Florent-le-Vieil, la Loire vient longer par sa rive gauche les premiers terrains de roches métamorphiques composés de schistes et micaschistes. Ces roches dérivent d’une série de type flysh et ont subi un faible métamorphisme* conduisant à la formation de cristaux tels que la chlorite et la biotite. Ces roches métamorphiques se développent largement au sud de la Loire et définissent la série des Mauges. A Ancenis (12), dans les alluvions modernes de la Loire, affleurent les calcaires des Fourneaux, qui appartiennent au bassin d’Ancenis et, à la Basse-Pierre, les schistes métamorphiques de la série des Mauges.

 

*

Anticlinal : pli où les éléments situés à l’intérieur de la courbure étaient, avant la déformation, les plus bas.

Flysh : formation sédimentaire détritique terrigène, souvent épaisse, composée essentiellement de turbidites,  déposée dans une zone orogénique aujourd’hui tectonisée.

Grès : roche sédimentaire détritique terrigène composée à 85% au moins de grains de quartz plus ou moins arrondis, de 62,5 µm à 2 mm. Roches communes, constituant l’essentiel de nombreuses séries sédimentaires.

Métamorphisme : transformation d’une roche à l’état solide du fait d’une élévation de température et/ou de pression, avec cristallisation de nouveaux minéraux, et acquisition de structures et textures particulières.

Orogénèse : processus conduisant à la formation de reliefs.

Poudingues : roche sédimentaire détritique formée pour 50% au moins d’éléments arrondis (galets), de diamètre supérieur à 2 mm, liés par un ciment.

Rhyolite : roche magmatique effusive riche en silice.

Schiste : au sens large, toute roche susceptible de se débiter en feuillets.

Synclinal : pli où les éléments situés à l’intérieur de la courbure étaient, avant la déformation, les plus hauts.

Transgression : avancée de la mer au-delà de ses limites antérieures avec submersion de zones plus ou moins vastes des parties basses des continents. Elle est due soit à une montée du niveau de la mer, soit à un enfoncement d’ensemble du continent, ces deux phénomènes pouvant se combiner.

 

Bouchardy C. (2002) La Loire : Vallées et vals du grand fleuve sauvage. Delachaux et Niestlé, Lonay, 287 p.

Foucault A. & Raoult J.F. (2000) Dictionnaire de géologie, 5ème édition. Dunod, Masson Sciences, 380 p.

Godreau V., Bornette G., Frochot B., Amoros C., Castella E., Oertli B., Chambaud F., Oberti D. & Craney E. (1999) Biodiversity in the floodplain of Saône : a global approach. Biodiversity and Conservation, 8, 839-864.